Teruel

Le cours de journalisme d’Alcañiz réunit près de 200 participants autour des faits divers et des urgences

Le Cours national de journalisme d’Alcañiz a clôturé ce vendredi sa huitième édition avec près de 200 participants sur trois jours. Le rendez-vous a une nouvelle fois fait de cette commune de la province de Teruel un point de rencontre pour les journalistes, les criminologues et les professionnels des urgences, venus réfléchir à la manière de raconter la criminalité et les situations de crise avec rigueur, vérification et respect des victimes.
Le cours de journalisme d’Alcañiz réunit près de 200 participants autour des faits divers et des urgences

Le théâtre d’Alcañiz a accueilli mercredi, jeudi et vendredi 104 élèves inscrits ainsi qu’environ 80 participants aux conférences ouvertes. Au total, 31 professionnels de la criminologie, du journalisme et des urgences sont intervenus lors des sessions. L’organisation a dressé un bilan « très positif » de cette édition. « Cela montre qu’en dehors des grandes villes, des projets très ambitieux comme celui-ci peuvent aussi voir le jour », a souligné la directrice du cours, Eva Defior.

URGENCES, COORDINATION ET PRÉVENTION

Les journées ont confirmé que les urgences ne sont plus des situations exceptionnelles et qu’elles exigent des structures, des professionnels et des citoyens préparés à y faire face. Les représentants des sapeurs-pompiers, de la Protection civile, des Agents de protection de la nature et du GREIM ont souligné la nécessité de renforcer les effectifs et les moyens, d’avancer vers une coordination commune permettant d’agir comme un seul dispositif opérationnel et d’améliorer la formation face à des urgences toujours plus complexes et techniques.

Ils ont également réclamé une véritable culture de la prévention, avec des plans de protection et d’urgence à l’échelle locale afin de préparer la population avant la catastrophe. L’Aragon dispose d’une expérience et d’une capacité d’intervention reconnues par ses professionnels, mais des épisodes comme la DANA, les grands incendies ou les crues montrent qu’il sera de plus en plus important d’anticiper, de se coordonner et de former la société civile.

Dans le domaine journalistique, le cours a constitué une profonde défense du métier et, en particulier, du journalisme de terrain. Manuel Marlasca l’a résumé en affirmant que face à un événement, il faut « aller sur place, voir et écouter. Mais surtout y aller ». Dans ce sens, Carlos Quílez a rappelé que le journaliste doit arpenter le terrain, car c’est là qu’apparaissent les détails, les sources et les histoires qu’aucune recherche menée depuis une rédaction ne peut remplacer.

Cruz Morcillo, Antonio Pampliega, Joaquín Castellón et les autres professionnels ont convergé autour de principes qui fondent tout bon journalisme de faits divers et d’investigation : construire et entretenir ses sources pendant des années, vérifier chaque donnée, accéder chaque fois que possible aux documents originaux, employer un langage précis, respecter la présomption d’innocence et comprendre que publier une information implique aussi d’en assumer les conséquences.

LES LIMITES DU TRUE CRIME ET LE RISQUE DES INTOX

La fascination de la société pour le mal et l’essor du true crime ont également ouvert un débat permanent sur ses limites. Interviewer des délinquants peut apporter des connaissances et aider à comprendre un crime, à condition que comprendre ne se transforme jamais en justification et que le récit accorde une place centrale aux victimes. Le respect, la rigueur et la responsabilité sont apparus comme les grandes lignes rouges face au sensationnalisme et à l’infotainment. Tere Vilas a rappelé que derrière les « affaires » se trouvent des personnes qui racontent leur histoire au pire moment de leur vie ; Carlos Quílez a défendu la victime comme une composante indispensable du récit ; et Carmen Corazzini a insisté sur le risque de revictimisation. Même savoir quand une information doit attendre parce qu’elle peut nuire à une enquête relève de cette responsabilité.

Le risque des intox et de la désinformation a également traversé une grande partie du cours, à un moment où l’intelligence artificielle permet de générer très rapidement des textes, des images et des contenus à l’apparence journalistique. Face à cela, les professionnels ont défendu un journalisme qui arpente le terrain, observe, questionne, vérifie et reste en contact direct avec les sources et la réalité. Le travail de terrain devient ainsi l’un des principaux outils pour lutter contre la désinformation et distinguer le journalisme des contenus et des reportages générés par l’intelligence artificielle. La technologie peut transformer les outils et accélérer les processus, mais la crédibilité continue de se construire à partir de sources réelles, de documents, de vérifications et d’une présence là où les faits se produisent.

Le cours a également suscité une réflexion sur ceux qui racontent ces histoires. Le journaliste spécialisé dans les faits divers côtoie pendant des années la douleur, la violence et la tragédie et doit apprendre à se protéger pour pouvoir continuer à exercer. Face à la vitesse des réseaux, aux intox et à l’obsession d’être le premier, Alcañiz a défendu ces derniers jours quelque chose de bien plus élémentaire : vérifier, questionner, écouter, se méfier, confronter les informations et être présent sur le terrain. Comme l’a souligné Joaquín Castellón, l’information nous rend plus libres et le journaliste, plus que du pouvoir, a une responsabilité. Pour conclure, plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que plus une société se trouve en situation limite, plus elle a besoin d’un journalisme rigoureux, humain et ancré dans le terrain.

À propos de cet article : Initialement publié en espagnol par AragonDigital.es, cet article a été sélectionné par nos journalistes avant d’être mis à la disposition du public international d’AragonDaily.com. Les deux journaux appartiennent à des sociétés du groupe ARAGON DIGITAL GROUP.