L’un des deux décrets rejetés prévoyait notamment de prolonger jusqu’en 2030 la protection contre certaines expulsions de personnes vulnérables, une prorogation exceptionnelle pouvant aller jusqu’à deux ans pour les contrats de location, des limites à la révision des loyers, la réglementation des locations saisonnières et par chambre ainsi que des restrictions concernant certains achats spéculatifs. Le texte a été rejeté par 172 voix contre 178, après le vote contre du PP, de Vox, de l’UPN et de Junts.
« PLUS DE FORCE POUR CONTINUER LA LUTTE »
Parmi celles et ceux qui ont suivi le vote depuis Saragosse figure Nora Lice, porte-parole de la Coordinadora Juvenil Socialista, qui a reconnu avoir accueilli le résultat « avec colère ». Bien que son collectif ait estimé dès le départ que les mesures étaient « insuffisantes » et ne constituaient qu’un « cautère sur une jambe de bois », elle défend l’idée qu’elles apportaient des améliorations pour les travailleurs. « Nous ne pouvons pas nous opposer à l’amélioration des conditions de vie de la classe laborieuse », a-t-elle souligné.
Lice estime toutefois que le rejet parlementaire remet l’accent sur la mobilisation en dehors des institutions. « La seule manière d’obtenir des avancées, comme cela s’est toujours fait historiquement, passe par l’organisation et l’unité de la classe laborieuse », a-t-elle assuré, plaidant pour le maintien des assemblées, des syndicats et de l’organisation dans les quartiers.
La porte-parole a expliqué que le résultat n’avait pas été totalement inattendu pour les participants à la protestation. Bien qu’elle reconnaisse qu’il suscite initialement « colère » et « tristesse », elle estime qu’il peut se transformer en un nouvel élan pour les mobilisations. « Cela ne peut que produire la même chose : davantage de mobilisation et d’organisation », a-t-elle affirmé.
Sofía Delsa, du Syndicat des locataires de Saragosse, défend une position similaire. Selon elle, le vote a « seulement confirmé la faible confiance » qu’elles et ils accordent aux partis représentés au Parlement et renforce leur engagement en faveur de l’organisation collective. « Cela ne fait que renforcer notre idée que l’organisation collective est le seul moyen d’obtenir des améliorations efficaces, réelles et capables de s’attaquer à la racine du problème du logement dans ce pays », a assuré Delsa.
LE CAMPEMENT SE POURSUIT PLACE D’ESPAGNE
Le résultat du vote ne modifie pas non plus, pour le moment, les projets du campement de Saragosse. Delsa a confirmé que l’appel était maintenu « au moins jusqu’à demain », date à laquelle une manifestation doit partir de la place Santo Domingo. « Nous irons massivement du campement à la manifestation pour que les rues montrent que Saragosse est organisée, que Saragosse en a assez et qu’il y a de l’indignation, de la colère et l’envie de faire front face au commerce du logement », a-t-elle expliqué.
La protestation a commencé jeudi par une casserolade avant de se transformer en campement place d’Espagne. Au cours de la première nuit, près d’une centaine de tentes ont été installées malgré la pluie et, vendredi matin, environ 80 étaient toujours déployées. Les participants assuraient alors qu’ils resteraient sur place « aussi longtemps que nécessaire », au moins jusqu’à la mobilisation de samedi.
Le Syndicat des locataires affirme que le rejet des décrets n’a pas non plus entamé le moral des campeurs. « Cela n’a pas changé le moral du campement. Je pense que c’est plus de force pour continuer la lutte », a déclaré Delsa. Selon ses explications, des activités sont déjà en préparation pour la semaine prochaine afin d’intégrer à la mobilisation les personnes qui l’ont rejointe ces derniers jours.