Société

La santé mentale ne commence pas toujours en consultation : la pauvreté et la solitude la fragilisent

La santé mentale ne se détériore pas toujours brutalement. Elle peut commencer à se fragiliser face à un logement instable, des mois sans emploi, une famille affaiblie ou une solitude qui se prolonge. En Aragon, ces situations sont de plus en plus visibles et reviennent au premier plan ce 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale.
La santé mentale ne commence pas toujours en consultation : la pauvreté et la solitude la fragilisent

Chez Cáritas Zaragoza, cette réalité se traduit par une pression sur les services qui connaît « une croissance continue ». C’est ce que détaille la directrice du Projet d’accompagnement en santé mentale de l’organisation, Ana Cristina Nápoles, qui souligne que les personnes accueillies sont très souvent confrontées à des situations de vulnérabilité et à des parcours marqués par des difficultés sociales, économiques et familiales.

L’un des changements qui les préoccupent le plus concerne l’âge. « Ce qui a effectivement augmenté, c’est le nombre de jeunes et d’adolescents », souligne Nápoles. À leurs côtés, on retrouve toujours des personnes exposées depuis des années à des situations difficiles, comme les sans-abri, les femmes seules ayant des enfants à charge, les migrants ou les personnes âgées qui vivent dans la solitude.

QUAND LA PRÉCARITÉ AFFECTE AUSSI LA SANTÉ MENTALE

Dans nombre de ces cas, il est difficile de dissocier le problème social du problème émotionnel. Nápoles évoque une relation « bidirectionnelle » entre exclusion et santé mentale. Une personne peut perdre ses soutiens, son emploi ou sa stabilité en raison d’un problème psychologique, mais l’inverse peut aussi se produire. « Les experts parlent d’un cercle vicieux de l’exclusion », explique-t-elle.

La pauvreté persistante finit par laisser des traces. « Vivre dans des conditions précaires génère une souffrance émotionnelle prolongée », affirme-t-elle. L’insécurité liée au logement, la violence, l’isolement ou les difficultés à satisfaire les besoins essentiels créent des facteurs de stress qui peuvent durer des mois ou des années et conduire au « désespoir et à la fatigue existentielle ».

Cette usure quotidienne touche des personnes aux « vies brisées », ayant connu des parcours migratoires difficiles, de longues périodes de chômage ou des situations d’extrême pauvreté. Ces circonstances limitent la capacité à organiser le quotidien, à chercher un emploi, à entretenir des relations ou à reconstruire un projet personnel. Et lorsque tout cela se prolonge, le rétablissement devient lui aussi plus complexe.

LA SOLITUDE, UN FACTEUR QUI PÈSE PARTICULIÈREMENT SUR LES PERSONNES ÂGÉES

La solitude est un autre élément particulièrement préoccupant. « C’est toujours un facteur qui peut favoriser l’apparition de problèmes de santé mentale », souligne Nápoles. Bien qu’elle puisse survenir à tout âge, ses effets sont particulièrement visibles chez les personnes âgées lorsqu’elle s’accompagne d’isolement, de la perte de liens et d’un manque de contacts au quotidien.

L’absence de relations, d’affection ou de sentiment d’appartenance à un groupe peut favoriser les symptômes anxieux et dépressifs. Nápoles explique que certaines personnes finissent par entrer dans une dynamique où elles ont de moins en moins de relations et s’isolent toujours davantage. Cette déconnexion sociale ne dégrade pas seulement l’état émotionnel : elle rend également plus difficile le fait de demander de l’aide et de maintenir une routine stable.

C’est pourquoi Cáritas insiste sur le fait que la santé mentale ne peut pas être abordée uniquement dans le cadre d’une consultation. « Les problèmes de santé mentale n’ont pas une cause unique », rappelle-t-elle. Des facteurs biologiques, des traumatismes, des pertes, des histoires familiales difficiles ou des environnements stressants peuvent se conjuguer. Le rétablissement nécessite des soutiens divers et durables.

DAVANTAGE DE RESSOURCES, MAIS AUSSI PLUS DE DIFFICULTÉS EN MILIEU RURAL

Lorsqu’une personne décide de demander de l’aide, une autre question se pose : la capacité de réponse du système. « Il faudrait une plus grande capacité de réponse et davantage de ressources spécialisées », affirme Nápoles. Bien qu’elle reconnaisse que des professionnels ont été recrutés ces dernières années, elle estime que la demande continue d’augmenter, notamment en matière de suivi psychologique pour les problèmes d’anxiété et de dépression.

En Aragon, le territoire conditionne également l’accès aux soins. « Notre population est très dispersée géographiquement », rappelle-t-elle. Dans certaines zones rurales, accéder à des ressources spécialisées peut nécessiter des déplacements qui ne sont pas toujours faciles. Pour Nápoles, renforcer les équipes et améliorer la prise en charge en dehors des grandes villes reste l’un des principaux besoins.

Un changement s’est toutefois bien produit : aujourd’hui, on parle davantage de santé mentale. « Après la pandémie, les inquiétudes concernant ces problèmes ont augmenté et ceux-ci ont gagné en visibilité », souligne-t-elle. La stigmatisation a reculé, même si elle peut encore retarder la demande d’aide. « Les personnes confrontées à un problème de santé mentale peuvent mener une vie autonome avec les soutiens dont elles ont besoin », conclut-elle.

À propos de cet article : Initialement publié en espagnol par AragonDigital.es, cet article a été sélectionné par nos journalistes avant d’être mis à la disposition du public international d’AragonDaily.com. Les deux journaux appartiennent à des sociétés du groupe ARAGON DIGITAL GROUP.